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L’âge du faire et l’ennui

Dans notre société du faire et de la sursollicitation où chaque minute de notre emploi du temps doit être rentabilisée, nous n’acceptons plus de ne rien faire et nous n’acceptons pas non plus que nos enfants s’ennuient. Comme si le fait de les laisser respirer pouvait signifier que nous sommes de mauvais parents. Pour paraître de bons parents, il faudrait remplir le temps libre de nos enfants par des activités sportives, culturelles et artistiques. 

 

Ennui et développement de l’enfant

L’inactivité est connotée de manière négative, sans doute parce qu’on pense que cela est une perte de temps, ce qui est mal vu dans notre société hyperactive. 

L’ennui nous renvoie au notion de paresse  ou de fainéantise alors que nous pourrions y voir un temps de développement de l’imaginaire propice aux inspirations et à la créativité. C’est en tout cas l’idée que développe certains psychologues actuels.

“ Savoir s’ennuyer est un signe de bonne santé mentale ! ” 
– Pascaline POUPINEL, psychologue clinicienne

Cette inactivité permet de développer certaines compétences chez l’enfant :

  • Attendre et gérer sa frustration. C’est une des trois fonctions exécutives identifiées par l’Université de Harvard qui permettent à l’enfant de développer son autonomie et sa capacité à atteindre ses objectifs personnels.
  • Rêver. C’est une respiration dans nos rythmes quotidiens. La rêverie permet le développement de l’imaginaire et de la créativité.
  • Générer des projets. L’enfant sursollicité n’a même plus le temps d’avoir des désirs. Or le cheminement mental que produit l’ennui permet à l’enfant de rêver, de désirer. Dans ces moments – qui peuvent se traduire en classe par de l’observation inactive de l’environnement – peuvent naître les envies, les désirs d’agir, les motivations intrinsèques si précieuses aux apprentissages (cf. article → Neurobiologie et apprentissages) et dont vont découler des projets personnels.

 

Conséquences pour la parentalité

Une crainte chez le parent peut être que l’enfant demande trop d’attention qu’il ne peut pas lui accorder, ce qui renvoie encore une fois à la croyance “Si mon enfant me sollicite et que je ne suis pas disponible, je suis un mauvais parent”. Pour répondre à cette croyance, le parent occupe son enfant avec des activités (cf article → Occuper les enfants est-il vraiment éducatif ?). Mais derrière une sursollicitation de l’enfant ne se cache pas forcément une angoisse de l’ennui mais bien souvent une demande d’attention de la part de l’adulte.

L’enfant ne demande pas du temps de présence 
mais du temps de qualité relationnelle.

Déterminer avec lui une plage horaire où il aura du temps de qualité – pas forcément long – peut le rassurer. Il vous sollicitera moins le reste du temps sachant qu’il aura toute votre attention et reconnaissance à un autre moment. Vous pourrez alors le laisser s’ennuyer sans culpabiliser, rassuré de savoir que ce temps est aussi bénéfique à son développement. 

Dans un premier temps, s‘il n’est pas habitué à cette inactivité, vous devrez peut-être l’accompagner sur le chemin de l’ennui et le sevrer du besoin d’activité permanente.

 

À l’École Holisée

Dans notre volonté de rendre l’enfant autonome, l’ennui n’est pas stigmatisé car nous savons qu’il fait partie du processus d’auto-détermination et peut être vecteur de projets personnels. Les enfants sont autorisés à s’ennuyer. Ils ont du temps pour rêver ou se recueillir. 

Ils apprennent ainsi à se familiariser avec cette émotion l’ennui qui leur permet de se développer sainement.

Références : 



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